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MOULAERT, Pierre

MOULAERT, Pierre, compositeur, pédagogue, critique musical, né à Saint-Gilles (Bruxelles) le 24 septembre 1907, décédé à Uccle (Bruxelles) le 13 novembre 1967.

Quatrième des cinq enfants de Raymond Moulaert, compositeur et professeur au Conservatoire royal de Bruxelles, et de son épouse Jeanne Hoffman, Pierre reçut ses premières leçons de musique de son père avant d'être admis comme élève au Conservatoire royal de Bruxelles le 20 novembre 1920, à l'âge de treize ans, dans la classe de violon de Mathieu Crickboom et dans la classe de solfège (cours inférieur) de Lerinckx. Après une première année d'étude, il réussit l'examen avec distinction et passa dans la classe d'Eugène Guillaume (cours supérieur) où il remporta, dès l'année suivante (1922), un premier prix, toujours avec distinction. Il suivit pendant deux ans le cours de lecture instrumentale et transposition que donnait alors son père et il obtint, dans cette classe, un premier prix avec distinction en 1924. La même année, il obtint un premier accessit en harmonie théorique, dans la classe d'Henri Sarly, dans laquelle il avait été admis en 1922. En ce qui concerne l'harmonie écrite - première des trois disciplines classiques qui mènent à la composition -, aucune trace de son inscription ni d'une participation aux examens de fin d'année n'a pu être trouvée : on ne peut donc que supposer qu'il a reçu cet enseignement de son père, en privé. Entré dans la classe de contrepoint de son père en octobre 1929, il passa dans la classe de fugue de Joseph Jongen l'année suivante et s'y distingua en obtenant un deuxième prix dès la première année et un premier prix en 1932. Il paracheva ensuite ses études de composition avec son père, qui l'initia aux arcanes de l'étude des formes, de l'instrumentation et de l'orchestration.

En ce qui concerne le violon, les progrès furent beaucoup moins rapides : il prit part au concours pour la première fois en 1925 et n'obtint aucune récompense; deuxième prix en 1926, il ne fut pas admis au concours de 1927, les progrès n'ayant pas été jugés suffisants par la direction : il se présenta l'année suivante, en 1928, mais n'obtint aucune récompense. C'est sans doute la raison qui le poussa à entreprendre plus tard des études de direction d'orchestre, pensant peut-être compenser par une carrière de chef d'orchestre la frustration de n'avoir pu se réaliser comme violoniste : il s'inscrivit au Conservatoire royal de Bruxelles dans la classe de René Defossez en octobre 1946 et prit part au concours public de 1947 mais n'obtint aucune récompense; on peut penser que ce double échec a dû lui peser assez lourd.

Engagé d'abord comme violoniste à l'orchestre du Théâtre royal de la Monnaie, où il ne resta qu'un temps, il se tourna assez rapidement vers l'enseignement, en donnant des cours de violon à l'Ecole de musique d'Uccle (dont il allait devenir par la suite le directeur).

Lors de son service militaire, à Bourg-Léopold, il avait fait la rencontre d'Edouard Mesens, son aîné de quatre ans, un musicien qui allait devenir célèbre comme plasticien sous le nom d'E.L.T. Mesens. Cette rencontre eut quelques conséquences dans sa vie : lorsque Mesens fonda la revue Marie. Journal bimensuel pour la Belle Jeunesse, en juin 1926, il proposa à Pierre Moulaert d'en devenir le secrétaire de rédaction, et pendant une courte période, ce dernier fréquenta l'avant-garde littéraire, sans pour autant s'investir dans un travail créateur, comme le fit Hermann Closson (dont il allait devenir plus tard le collègue au Conservatoire royal de Bruxelles). Il acquit alors une culture littéraire particulièrement vaste qu'il continua d'enrichir toute sa vie, de même que la culture générale qui lui avait fait défaut jusqu'alors; à défaut de pouvoir pratiquer la critique littéraire, il se tourna vers la critique musicale et commença par faire des comptes-rendus de concerts dans le quotidien libéral La Dernière Heure en 1935 et resta, pendant une trentaine d'années, l'un des critiques les plus écoutés et les plus respectés.

C'est à peu près la même époque (1932) qu'il commença à composer de la musique, d'abord des pièces de musique de chambre et de la musique chorale, des musiques de films et de théâtre (notamment pour des représentations qui eurent lieu après la guerre au château de Beersel, en plein air), et enfin de la musique symphonique.

Au 1er octobre 1937, Pierre Moulaert commença sa carrière professorale au Conservatoire royal de Bruxelles, très modestement, en devenant chargé de cours de solfège (cours inférieur); mais ses qualités pédagogiques et son dévouement à ses élèves le firent remarquer et apprécier très rapidement en haut lieu : en septembre 1943, il fut nommé titulaire du cours moyen, avec le rang de professeur adjoint, et le 27 août 1947, il était nommé titulaire du cours supérieur, avec cette fois le rang de professeur. Pendant près de vingt ans, il fut un professeur zélé et exigeant : il avait coutume de dire à ses élèves que même une leçon de solfège pouvait devenir de la vraie musique, à condition de la chanter avec un minimum d'expression, et choisissait toujours des leçons parmi celles écrites par des compositeurs de qualité, tels que Fernand Quinet ou Joseph Jongen.

Mais c'est comme professeur d'harmonie qu'il allait véritablement se révéler et donner le meilleur de lui-même, lorsqu'il fut appelé à succéder à André Souris (cours moyen et cours supérieur) en octobre 1964. Ses élèves se souviendront de la richesse de son enseignement : alors que certains de ses collègues se contentaient d'imposer à leurs élèves des exercices choisis parmi les auteurs qui en avaient publié la réalisation (et s'efforçaient d'imposer cette réalisation comme la seule solution), Pierre Moulaert, comme son prédécesseur André Souris, aimait choisir des leçons dans un répertoire beaucoup plus vaste et musicalement beaucoup plus intéressant, en proposant par exemple des exercices dans le style des grands compositeurs comme César Franck, Fauré ou Debussy. De même, lorsqu'il corrigeait ou commentait les travaux des ses élèves, il ne se contentait pas d'adopter la solution proposée par les traités ou les cahiers d'exercices mais prenait plaisir à réaliser lui-même, à vue, sa manière, en jouant le résultat au piano, tout en faisant comprendre à ses élèves émerveillés que tel accord sonnait mieux dans tel ou tel contexte, et le démontrant aussitôt en jouant de mémoire des extraits d'oeuvres de Fauré, de Debussy ou de Ravel, trois de ses maîtres préférés, de sorte que ses leçons d'harmonie prenaient parfois l'allure d'un concert... Par ailleurs, pour mieux préparer ses élèves aux examens, il les encourageait à réaliser des leçons de concours imposées les dernières années à Bruxelles ou ailleurs, dont il fournissait les données, et souvent même une réalisation faite par lui-même en la comparant avec celles de ses collègues, pour montrer combien une simple ligne mélodique, à la basse ou au soprano, pouvait être habillée de manière très différente selon le style ou le tempérament de chacun. Sa disparition prématurée, à l'âge de soixante ans, priva ses élèves et l'institution à laquelle il appartenait d'un professeur exceptionnel.

Directeur de l'Ecole de musique d'Uccle de 1953 à 1962, il put déployer toutes ses qualités pédagogiques et son dynamisme dans ces fonctions et fit de cette école, qui devint sous sa houlette une académie de première catégorie, l'une des plus prospères et des plus recherchées de la région de Bruxelles. Ajoutons, pour compléter le tableau de ses activités, qu'il fut membre de la Commission de contrôle de la gestion artistique du Théâtre royal de la Monnaie (1955) et administrateur du Centre culturel d'Uccle.

Séduit dans sa jeunesse par certaines idées du mouvement anarchiste, Pierre Moulaert était un libre-penseur épris de liberté mais aussi un homme d'une très grande générosité, ayant un sens aigu de la solidarité. Fils de franc-maçon (son père était membre de la loge Les Amis philanthropes), il a été initié à la loge Action et Solidarité, à une date que nous n'avons pas pu retrouver, mais nous savons qu'il a été élevé au grade de maître le 3 juin 1938 : il a donc été initié deux ou trois ans plus tôt, soit en 1935 ou 1936. Lors de la tripartition de sa loge mère, le 20 mars 1949, il choisit de rejoindre la loge Action et Solidarité n° 3, dont il devint ainsi l'un des membres fondateurs. Nul mieux que lui n'incarnait le programme de cet atelier, en « dépannant » souvent certains de ses élèves du Conservatoire lorsque ceux-ci traversaient des moments difficiles; le signataire de ces lignes peut en témoigner, pour avoir été soutenu financièrement par Pierre Moulaert à de nombreuses reprises, avec autant de générosité que de discrétion.

L'oeuvre de Pierre Moulaert n'est pas très abondant, mais est d'une très grande qualité d'écriture et d'une belle élévation de pensée. Il comprend une vingtaine de musiques de scène, dont cinq pour des pièces de Shakespeare : Richard II (1961), Hamlet (1965), Roméo et Juliette (sans date), Henri V (sans date) et Jules César (sans date); trois pour des pièces de Paul Willems : Peau d'ours (1958), Berevel (1965) et Air barbare et tendre (sans date); une pour Michel de Ghelderode : Barrabas (sans date), une pour Jean Cocteau : Renaud et Armide (sans date), sans parler d'une version pour des pièces plus classiques du répertoire français telles que Le Bourgeois gentilhomme de Molière et Pelléas et Mélisande de Maeterlinck. Pour le cinéma, il a travaillé, entre autres, pour Henri Stock (Symphonie paysanne, 1945) et André Cauvin (Bongolo, sans date). Parmi ses oeuvres les plus connues, on retiendra un Quatuor à cordes (1956), primé par la Province de Brabant, un Concertino pour flûte, hautbois et orchestre à cordes (1954) et ses Séquences pour orchestre (1964), son dernier opus, qu'il eut le bonheur de voir créé à la Société philharmonique de Bruxelles par André Cluytens à la tête de l'Orchestre national de Belgique.

Notons, pour terminer, que sa veuve a fait don de l'ensemble de ses manuscrits à la section Musique de la Bibliothèque royale de Belgique, où ceux-ci peuvent être consultés.

Paul Raspé, © Académie royale de Belgique
Nouvelle biographie nationale, vol. 10, Bruxelles, 2010, p. 293-295

oeuvres

  • Concertino, 1954
    flûte, hautbois et orchestre à cordes 00:10:55
  • Etude n°7, 1964
    2 timbales et piano 00:02:50
  • Fantaisie chromatique de J.S. Bach
    violon 00:05:00
  • Marche des peuples libres
    piano 00:02:55
  • Passepied en rondo, 1940
    flûte, hautbois, clarinette, cor et basson 00:10:00
  • Petite musique concertante, 1961
    orchestre de chambre 00:13:00
  • Prélude à deux voix, 1938
    piano 00:07:00
  • Quatuor à cordes, 1956
    2 violons, alto et violoncelle 00:20:00
  • Séquences, 1964
    orchestre 00:13:40
  • Sérénade, 1956
    orchestre 00:12:25
  • Sur la nuit, 1958
    choeur mixte a cappella 00:03:00
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