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BREWAEYS, Luc

Luc Brewaeys est né à Mortsel le 25 août 1959. Il a étudié la composition au Conservatoire de Bruxelles avec André Laporte, où il a aussi entrepris des études de piano et de direction d'orchestre. Il a également pris part aux cours d'été de Franco Donatoni (Sienne) et de Brian Ferneyhough (Darmstadt, 1982), tout en entrant en contact avec Tristan Murail (à partir de 1982) et Iannis Xenakis (Paris, 1980-84). Très tôt son travail a joui d'une reconnaissance sous la forme de nombreux et prestigieux prix internationaux de composition. Il a été compositeur en résidence de la salle de concert deSingel à Anvers durant la saison 1988-89, compositeur invité en 1989 lors de la quatrième édition de la Semaine de la Musique Contemporaine au conservatoire de Gand, et, de 1991 à 1992, il a été compositeur en résidence de la ville de Saint-Nazaire. Depuis 1985, il travaille en qualité d'ingénieur du son à la radio flamande (VRT). De 1991 à 1994, il a été professeur invité en analyse de la musique d'ordinateur et de la musique électronique au Conservatoire de Bruxelles. De 1998 à 2000, il a enseigné la composition et l'orchestration au conservatoire de Gand. En 1999, il a reçu le Prix de la Culture Blanlin-Evrart de l'Université Catholique de Louvain. Luc Brewaeys s'est vu commander des oeuvres par des ensembles comme Ictus, la Beethoven Academie, l'Ensemble Itinéraire, Lukas Foss et l'Orchestre Royal Philharmonique de Flandre. 

Oeuvres
Parmi ses compositions à ce jour, Luc Brewaeys a écrit six symphonies, l'opéra de chambre Antigone, deux quatuors à cordes et un grand nombre d'oeuvres solo (notamment pour des instruments à vent). Presque toujours, il donne à ses oeuvres des titres pour le moins inhabituels; récemment encore, il a intitulé une série d'oeuvres des noms de différents whiskys de single malt. Avec ses six symphonies, Luc Brewaeys pourrait bien compter parmi les derniers "grands symphonistes". Si bon nombre d'avant-gardistes se sont détournés de ce genre depuis longtemps, il n'en est pas moins parvenu à combiner une musique essentiellement "nouvelle" avec le "vieux" genre, dans une large mesure grâce à sa manière très personnelle d'utiliser l'orchestre. En commençant par la musique composée pour le film Het raadsel van de Sfinks (L'Enigme du Sphynx), en 1983, les oeuvres de ce compositeur sont basées sur le principe de la "musique spectrale". Parmi les pièces écrites avant 1983, seules deux ont été préservées: Parametric Permutations (1982) pour basson solo, et Trajet (1982) pour piano, modulateur en anneau et 11 instruments. Ces oeuvres sont partiellement le produit de la tradition post-sérielle, bien que Trajet, avec sa grande attention portée au timbre et sa forte homogénéité harmonique, préfigure déjà les oeuvres spectrales ultérieures. 

Les racines du spectralisme plongent dans l'oeuvre de plusieurs compositeurs français des années 1970, dont les plus importants sont Tristan Murail, Gerard Grisey et Hugues Dufourt. Ces compositeurs prenaient un spectre de sons partiels comme point de départ pour la construction de leurs accords. En ce sens, ils ont tenté de brouiller (théoriquement) la démarcation entre timbre et harmonie. Depuis ses contacts avec Murail, Luc Brewaeys a fait une utilisation cohérente de la technique spectrale, qui influence à la fois l'harmonie et le contour mélodique, ainsi que l'instrumentation. L'harmonie est relativement statique et très homogène, la fondamentale étant soutenue durant une longue période et systématiquement "colorée" par le spectre. Même dans les limites d'un seul spectre harmonique, il y a plus qu'assez d'espace pour un raffinement harmonique des plus subtils. Cette prédilection de Brewaeys pour le timbre s'avère particulièrement efficace dans le contexte de cet environnement harmonique statique. La cohérence de ses oeuvres, selon Brewaeys, est assurée par la relation extrêmement tonale entre les fondamentales, en particulier quand il utilise des accords complexes et dissonants. La mélodie également est dérivée du spectre des sons partiels. Le compositeur s'inspire particulièrement du registre comprenant les partiels 8 à 16, lequel contient surtout les secondes majeures et mineures. Les partiels au-dessus de 16 sont des microtons que Brewaeys tend plus à utiliser comme des éléments de couleurs que comme des degrés mélodiques indépendants. Souvent, la spécificité de l'instrumentation peut s'expliquer par cette procédure spectrale. Qu'il nous suffise de considérer l'usage fréquent de "sons multiphoniques" ou du "live electronics", où le spectre des sons partiels de certains instruments est déformé en temps réel au moyen d'un ordinateur. 

L'appellation du "spectralisme" ne suffit cependant pas à rendre complètement la musique de Luc Brewaeys. Il est impossible d'ignorer le caractère exubérant et spectaculaire de la musique de ce compositeur, remarquable pour son style à la fois rhétorique et théâtral. Parmi les éléments les plus frappants, citons les effectifs importants, l'instrumentation et les techniques de jeu inhabituelles, l'utilisation spectaculaire de l'espace et les climax saisissants. En lien avec les techniques de jeux non orthodoxes (notamment le toneless blowing et les grattements), Brewaeys s'est reconnu une grande admiration pour Helmut Lachenmann, qui a de plus en plus abandonné le vocabulaire traditionnel pour partir à la recherche de nouveaux sons. Citons quelques exemples d'instruments inhabituels: réservoir d'essence, le beer organ (orgue-bière), mégaphones en carton, baignoire, le tuyau et le water gong (gong à eau). Le composteur tente constamment d'approcher ces instruments de façon intégrée, en les utilisant principalement au service du monde sonore (totalement) neuf qu'il recherche. Il faut tout particulièrement noter à cet égard son utilisation imaginative et efficace des instruments de percussion. Sa cinquième symphonie, par exemple, requiert un arsenal de percussion aussi gigantesque qu'exotique composé de 120 instruments et pas plus de dix exécutants. Cette oeuvre contient un scherzo pour 16 timbales. 

Considérée en juxtaposition avec cette extraversion, la rigueur de la construction temporelle et mathématique n'en est que plus frappante. Le seul aspect de la composition que Brewaeys décrit à l'avance est la distribution dans le temps: avant le travail de composition, il établit des blocs horaires qui doivent ensuite être fournis avec la musique. Il utilise souvent la proportion de la section divine pour parvenir à ces blocs. La rigueur de la construction n'inhibe jamais le caractère expressif de ces oeuvres et constitue plutôt une condition de cette expressivité. Cette musique reste avant tout le travail d'un homme extraverti. 

(c) 2001 Koen Renders et Jan Vandenhouwe, pour MATRIX ; © 2008 traduction par CeBeDeM

oeuvres

  • "...far!..", 1997
    orgue 00:02:15
  • ..., E poi c'era..., 1985
    orchestre 00:16:57
  • Aouellaouellaouelle!, 1988
    violon et piano 00:10:00
  • Bowmore, 1995
    2 violons, alto et violoncelle 00:18:00
  • Conuflinicty, 1981
    piano et bande à 2 canaux 00:13:30
  • Dirge for Dina, 1991
    saxophone soprano 00:03:30
  • Epitaphium op. 25, 1977
    flûte 00:03:55
  • Fasten seat belts!, 1997
    orchestre 00:04:00
  • Il fiume del tempo passava..., 1996
    accordéon solo 00:07:20
  • Immer Weiter, oder..?, 1988
    basson solo 00:05:15
  • Jacquerie - Jacques qui rit, 1991
    cor 00:05:30
  • Jocaste's (grand-)daughter, 1992
    2 percussions et bande 00:15:30
  • Kientzyphonie, 1992
    saxophone(s) et orchestre symphonique 00:22:00
  • Knockando, 1991
    percussion et piano 00:08:00
  • Komm! Hebe dich..., 1987
    grand orchestre symphonique 00:15:00
  • Laphroaig, 1993
    grand orchestre, 2 chefs d'orchestre et live electronics 00:27:16
  • Namk'cotss, 1989
    piano à 4 mains 00:10:40
  • Nobody is perfect!, 1996
    15 instruments 00:01:45
  • Nobody is perfect!, 1996
    piano 00:01:45
  • Non lasciate ogni speranza, 1989
    Soprano, saxophone(s) et orchestre 00:33:00
  • Oban, 1996
    cl-b., bn., cor, trb., perc., piano, alto, violoncelle, contrebasse 00:10:15
  • Only very unusual matters, 1992
    orchestre 00:03:30
  • Parametric permutations, 1982
    basson 00:05:30
  • Per Roberto F., 1997
    flûte alto 00:07:00
  • Pyramids in Siberia, 1989
    piano 00:16:00
  • Requialm, 1989
    Soprano et orchestre 00:17:06
  • String quartet, 1988
    2 violons, alto et violoncelle 00:15:00
  • Symphony nr.3 : Hommage, 1991
    orchestre 00:10:30
  • Symphony nr.7, 2002
    orchestre 00:17:00
  • Talisker, 1992
    orchestre 00:30:00
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