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BERNIER, René

BERNIER, René. Eugène. Camilla. Henri, Alfred, Albert, compositeur, né à Saint-Gilles (Bruxelles) le 10 mars 1905 et décédé à Ixelles le 8 septembre 1984.

La conviction artistique de René Bernier était totale. Tant dans ses actes que dans ses paroles, il affirmait une conception de la vie et de l'art qui lui était certes personnelle et qui lui valut d'inévitables réticences, voire quelques solides infinitiés, mais à laquelle il resta fidèle jusqu'a son dernier souffle. Jamais personne ne put mettre en doute sa loyauté vis-à-vis des principes qui étaient les siens et qu'il défendait avec éloquence. Chez lui, point d'éclat ni d'affirmation péremptoire : tout etait dans la nuance. "De la musique avant toute chose", semblait-il dire à son interlocuteur. quel que fût son propos. Et c'est bien là ce qui le caractérisait dans chacune de ses démarches, qui le distinguait de tant d'aristarques pédants et de juges impitoyables, qui l'isolait dans le tumulte et les contradictions de la vie artistique contemporaine.

Etait-il heureux de vivre en ce XXe siecle au visage si souvent dur et violent, agité par tant de courants opposés, en proie aux exclusives et aux condamnations de toutes sortes et dont tant de productions (les plus actuelles) lui paraissaient déconcertantes, révulsaient sa nature profonde? Nous l'avons entendu exprimer avec fougue son aversion pour ce qu'il considerait comme des speculations gratuites et des expériences de laboratoire. Déjà, au début de sa carrière, alors qu'il militait parmi les Synthétistes. mais d'une manière singulièrement plus accentuée au cours de ses dernières années, il cultivait une réelle altérité par rapport a son époque. affichait dédain et mepris a l'egard des écoles et des chapelles, et manifestait en toute circonstance une farouche volonté d'independance. Son esprit aristocratique fuyait les rumeurs tapageuses dont le monde de la musique est si souvent rempli. Sa nature d'artiste avait en horreur toute manifestationde vulgarité et s’offusquait de toute atteinte à la dignité de l’art.

Si les excès de ce siècle le faisaient souffrir, en revanche, de multiples joies lui furent réservées tout au long de sa carrière. Né à Saint-Gilles en 1905, dans une famille de notables (son père présida aux destinées de la commune), il s’initia rapidement à l’art des sons et se mit à composer dès que sa quinzième année. Le milieu familial fut propice à l’éclosion de son talent: guidé par un père et une mère particulièrement avertis des choses de l’esprit, il grandit entouré d’un frère aîné qui, devenu avocat, a consacré l’essentiel de ses activités à la défense du droit de l’auteur et d’une frère cadet qui effectua une brillante carrière de comédien et qui fut professeur d’art dramatique au Conservatoire royal de Bruxelles.

Durant sa jeunesse, René Bernier eut le privilège de bénéficier de l’enseignement de ce maître prestigieux que fut Paul Gilson. Ce dernier contribua (chacun le sait) à la formation de la plupart des musiciens belges nés à la fin du siècle dernier ou au tout début du XXe. La reconnaissance que René Bernier lui manifesta fut immense. Au contact de Gilson, il put non seulement acquérir les bases essentielles du savoir-faire que tout compositeur doit posséder mais surtout étendre considérablement sa connaissance des oeuvres. Gilson était, en effet, un éveilleur d’enthousiasme. Sa pédagogie ne s’encombrait nullement de théories fumeuses ni de principes scholastiques, mais s’appuyait sur une culture musicale impressionante et sur un sens pratique évident. Son rayonnement d’artiste et de professeur fut à l’origine de la création, en 1925, du groupe des Synthésistes dont René Bernier fit partie aux côtés de Jules Strens, de Théo Dejoncker, de Marcel Poot, de Maurice Schoemaker, de Robert Otlet (qui céda rapidement la place à Francis de Bourguignon) et de Gaston Brenta. Le mouvement ainsi crée se manifesta pendant quelques années. Un album collectif de pièces pour piano, dans lequel René Bernier se distingua par une très fauréenne Berceuse divine, vit le jour. De nombreux concerts de musique de chambre furent organisés que salua Paul Collaer, découvreur infatigable de talents nouveaux. “Retour à de vraies mélodies bien chantantes”, proclama-t-il “éloignement de toute vaine rhétorique, franchise dans l’expression directe”. C’est bien cela qu’ambitionnaient les Synthésistes. Mais l’apport essentiel à la renommée des disciples de Paul Gilson, on le doit à la Musique royale des Guides que dirigeait à l’époque Arthur Prévost. La qualité et le prestige de cette magnifique phalange de musiciens militaires se sont maintenus jusqu’à nos jours et ont été confirmés par des tournées de concerts à l’étranger et de multiples enregistrements. La musique de René Bernier fut maintes fois interpretée grâce à elle. Ce fut le cas notamment de l’Hymne de Paix et d’Epitaphe II écrits pour orchestre d’harmonie et de quelques trancriptions: celle réalisée par Sembler-Collery du Tombeau devant l’Escaut, une de ses oeuvres les plus connues, poème symphonique qui exalte l’oeuvre poétique d’Emile Verhaeren et dont Alfred Cortot a célébré “l’émouvante magnificence”, celle réalisée par Simon Poulain des Danses parodiques, celle de l’Hommage à Sax (l’inventeur belge du saxophone), diptyque concertant pour saxophone-alto et orchestre.

L’aventure synthétiste avait été exaltante pour nos sept jeunes musiciens. Très tôt cependant, il appartint à chacun des disciples de Gilson de poursuivre sa voie et d’édifier son oeuvre personelle. Aussi, René Bernier compèta-t-il sa formation en étudiant avec soin la musique française d’hier et d’aujourd’hui qui, d’ailleurs, eut toujours ses préférences. La fréquentation incessante des maîtres français, la parenté d’esprit autant que l’amitié personnelle qui le liait à certains d’entre eux, contribuèrent pour une grande part à orienter définitivement son esthétique. Le voisinage des poètes et la collaboration qui en résulta firent le reste.

A maints égards, René Bernier fut un artiste comblé du bonheur d’écrire selon ses goûts et de correspondre dans un même élan avec tant de créateurs, poètes et musiciens qui partageaient le même idéal que lui. Comblé aussi dans son foyer par la présence affectueuse et la collaboration irremplaçable de sa femme, la harpiste Juliette Bernier qui fût l’interprète de tant de ses compositions et qui lui assura jusqu’à son dernier souffle les meilleurs conditions de travail dont il avait besoin. Comblé enfin par la considération que lui témoignèrent maints de ses confrères et par le succès que lui valurent plusieurs de ses oeuvres. les consécrations officielles ne lui firent point défaut: lauréat de l’Académie royale de Belgique, boursier de la Fondation nationale de Princesse Marie-Josée, boursier Koopal, prix de la société des Auteurs et Compositeurs (Sabam), membre du jury de divers concours internationaux, chevalier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite de France.

René Bernier fut élu correspondant de la Classe des Beaux-Arts de l’Académie royale de Belgique le 6 juin 1963 et promu membre le 6 juillet 1967. Il fut directeur de sa Classe en 1972 et il siégea, jusqu’à son décès, à la Commission de la Biographie Nationale et à la Caisse Centrale des Artistes belges.

Sa conception de l’art et de la musique, il l’a concrétisée en une profession de foi confiée à Daniel Lesur, sur les ondes de la Radio française: “Je suis de ceux qui, par candeur peut-être, croient au pouvoir subjectif et sensoriel de la Musica aeterna. Fuyant l’hermétisme de pensée comme la sécheresse de langage, mes aspirations visent au plaisir de l’oreille cher à Debussy, avides de répondre à un objectif de spiritualité, d’émotivité, à cet au-delà des notes que Darius Milhaud a combien heureusement qualifié le coeur à coeur des hommes”.

Tout René Bernier réside dans cette affirmation qui le définit si bien au regard de ses contemporains. Il y parle de candeur qui s’oppose à ses yeux à l’ésotérisme de la pensée et au langage désincarné. Il fallait certes quelque candeur -et pourquoi pas quelque courage-, pour traverser notre monde agité de passions tumultueuses et d’incessantes remises en question avec la calme assurance de celui qui se sent investi de la haute mission de pacifier les esprits et les coeurs au contact du Beau. René Bernier croyait à cette mission, à sa mission, au rôle qu’il pouvait ainsi jouer dans la société d’aujourd’hui, aux responsabilités qui en découlaient. C’est ce qui explique la place éminente qu’il occupait à l’Académie royale de Belgique, l’activité multiple qu’il y déployait, les nombreuses interventions qui furent les siennes. La Classe des Beaux-Arts lui doit une remarquable série de communications rédigées d’une plume alerte et châtiée, abordant la diversité des sujets avec une égale clarté et une même éloquence. Parfois, à l’occasion de l’une ou l’autre circonstance particulière, il lui fut donné de soumettre à ses confrères des questions d’intérêt général, comme ce fut le cas en 1972, lorsqu’en sa qualité de directeur de la Classe, il prononça, lors de la seance publique annuelle, un important discours consacré à la critique musicale. Ce texte émanant d’un compositeur ayant lui-même pratiqué la critique en professionnel, notamment entre les deux guerres à L’étoile belge et dans la revue Syrinx (dont il fut pour un temps responsable), s’impose aujourd’hui encore à notre attention par la pertinance de ses affirmations et la lucidité des jugements qui y sont émis.

Le souci pédagogique y apparaît et nous révèle un autre aspect, tout aussi essentiel, de la personnalité de René Bernier. Il résulte d’une longue expérience qui s’exerça à differents niveaux de l’enseignement musical. Confronté dès sa jeunesse à la grande misère artistique de l’enseignement général, René Bernier s’est employé à y apporter des améliorations notables, en opérant une modification des programmes et des structures, et surtout en tentant la conversion des mentalités. Cet effort, qui s’étale sur plusieurs décennies, recueillit d’incontestables résultats même si la réduction drastique des heures réservées aux matières culturelles est venue depuis en limiter la portée.

Professeur dans plusieurs établissements d’enseignement secondaire de l’Etat, René Bernier put constater le peu d’efficacité et de rayonnement dont jouissait à l’époque le cours de musique. Ayant accédé, peu après la seconde guerre mondiale, au poste d’inspecteur, il n’eut de cesse d’obtenir la réalisation des réformes indispensables. Faisant table rase des méthodes désuètes et desséchantes alors en vigueur dans la plupart des écoles, il préconisa une large pratique du chant choral qui constituait, selon lui, la meilleure approche possible du phénomène sonore pour des jeunes gens et des jeunes filles ne possédant pas ou possédant peu de connaissances techniques de la musique. Il rénova les programmes en conséquence, multiplia les inspections dans le but de soutenir les motivations du corps enseignant, organisa des tournois inter-écoles de chant choral qui se caractérisèrent par leur appréciable efficacité, établit des collaborations et organisa des échanges avec l’étranger afin d’élargir l’horizon des pédagogues, se préoccupa enfin du recrutement des nouveaux professeurs dont la préparation se révélait souvent insuffisante. Sur sa proposition, un jury d’Etat fut institué et chargé de délivrer les diplômes d’aptitude à l’enseignement de la musique dans les établissements d’enseignement moyen et normal de l’Etat. Ce jury se révéla d’une utilité remarquable car il contribua au renouvellement progressif du personnel selon les critères d’une réelle exigence technique et culturelle. Aujourd’hui encore, le “jury Bernier”, comme on continue à l’appeler, procure à l’enseignement secondaire et normal des pédagogues qualifiés qui appliquent un programme adapté aux capacités des adolescents et susceptibles de leur faire pressentir les beautés de la musique.

L’exigence culturelle fut aussi la motivation première des cours d’histoire de la musique que René Bernier donna au Conservatoire royal de Mons et, épisodiquement, au Conservatoire royal de Liège. Ses anciens étudiants parlent aujourd’hui encore avec gratitude de la somme de connaissances qui leur furent transmises par leur professeur, de l’éclectisme de son propos, de l’ouverture d’esprit qui régnait dans sa classe, du travail en profondeur qui y était effectué à l’occasion de l’analyse de l’un ou l’autre partition importante.

La culture de René Bernier était vaste, s’appuyant sur une mémoire étonnament fidèle qui lui permettait de citer sans fléchir les dates, les événements, les titres d’opus, d’opérer des rapprochements, de chanter les thèmes, de frapper les rhytmes; elle procédait d’une longue intimité avec les oeuvres maintes fois relues ou réécoutées, elle s’étendait aux diverses formes de l’art, la peinture, l’architecture, la littérature et, en particulier, la poésie.

René Bernier et les poètes! Tout un chapitre pourrait y être consacré. Sa vie durant, il a entretenu l’harmonieux dialogue avec ses “frères en poésie”. Il les a fréquentés, connus, compris, aimés. Il a eu l’ambition d’exprimer par les sons ce qu’ils évoquaient dans leurs chants: la nuance subtile et la fulgurance de l’éclat, le mystère de la vie et la nostalgie des départs, la tristesse des êtres et les joies de l’amour. Plusieurs dizaines de mélodies l’attestent, des oeuvres chorales et même des pièces symphoniques faisant référence à l’une ou l’autre inspiration poétique. Nous avons cité le Tombeau devant l’Escaut. Son éclectisme l’inclina d’ailleurs à diversifier ses choix: ce furent tantôt les symbolistes français, tantôt les auteurs belges contemporains qui retinrent son attention. Paul Verlaine fut l’inspirateur de l’Ode à une Madone pour orchestre symphonique. Cette oeuvre de jeunesse aux références fauréennes utilise les modes liturgiques qui lui confèrent un délicat archaïsme et une couleur que l’on a comparée à celle d’un vitrail.

C’est à Verlaine encore que l’on doit Les Sabots de la Vierge et les Trois liturgies pour soprano et orchestre d’archets créées au FEstivla international de Strasbourg en 1956 et dont il existe par ailleurs une version pour choeur “a capella”.

Les poètes belges furent particulièrement sollicités par René Bernier. Sans vouloir dresser une liste complète des collaborations ni établir un ordre chronologique, bornons-nous à constater ici la diversité des choix opérés par lui. C’est, parmi d’autres, Maurice Maeterlinck avec La chanson archaïque, Charles van Lerberghe avec Entrevisions, Franz Hellens dont un extrait des Poèmes de la veille et du lendemain inspira Eclaircies, Edmond Vercammen pour La Chanson marine, Auguste Marin pour Présages, Armand Bernier qui suscita l’adaption des Prestiges du songe, Maurice Quoilin pour Evasions, Adrienne Revelard avec Les Stances d’antan et Lucienne Desnoues dont la spirituelle Fantaisie de tous les temps fut à l’origine d’une courte cantate pour chant et piano.

Géo Libbrecht fut l’inspirateur d’Eclosions, trois mélodies d’après des sonnets, de L’Ode française pour choeur mixte et grand orchestre et de la suite “a cappella” Incantations, pour 4 voix égales, qui résulte d’une commande de la Radiodiffusion française et dont les textes sont extraits du recueil L’ombre et les blés.

Parmi les auteurs belges, Maurice Carême fut celui qui entretint la plus constante collaboration avec René Bernier. La ferveur et la tendresse du recueil Mère inspirèrent les Prières chantées qui comptent parmis les pages les plus vibrantes de René Bernier, la passion contenue dans Femme suscita une effusion harmonieuse dans les mélodies rassemblées sous le titre Dévotions, l’enjouement teinté d’humour et le bonheur qu’engendre l’amour des choses simples, si fréquents dans les textes de Carême, se retrouvent magnifiés dans l’Hymne de Paix, la marche Aube fleuri et la suite chorale “a cappella” Du coq à l’âne. Les Sortilèges ingénus, dont le titre seul définit si subtilement à la fois la pensée de Carême et l’art de Bernier, sont constitués de poèmes extraits de La lanterne magique, de Poèmes de gosses et de Petites légendes. Ce sont deux recueils dont il existe une version chorale et une version mélodie, les deux pouvant être accompagnées, soit au piano, soit à l’orchestre. Ces courtes pièces, que l’on a qualifiées de “ravissantes images d’Epinal où alternent la joie de vivre et le mystère du songe, ont connu une large utilisation dans les etablissements scolaires auxquels elles étaient primitivement destinées. De nombreuses chorales de professionnels et des solistes du chant les ont néanmoins souvent interprétées et conduites au succès.

Concurrement à son oeuvre vocale, René Bernier a consacré de nombreuses pages à la littérature instrumentale et symphonique. Quelques-unes d’entre elles résultent de commandes: Reverdies ou diverses manières de sonner le printemps pour clarinette et piano (ou orchestre) et Offrande à Erard pour harpe, furent écrits à la demande du Conservatoire national supérieur de Paris où ils servirent de morceaux imposés aux concours publics. La harpe fut pour René Bernier un instrument de prédilection: outre l’oeuvre précitée, il lui confia cinq Interludes qui trouvèrent en Juliette Bernier leur interprète idéale. L’epouse du compositeur prit d’ailleurs une part non négligeable et très talentueuse dans la diffusion de sa production de musique de chambre. Aux côtés d’excellents artistes belges, elle créa notamment la Suite en quintette pour flûte et harpe et le Trio pour flûte, violoncelle et harpe. Ces diverses combinaisons instrumentales sont révelatrices des préoccupations du musicien, de sa recherche de la couleur et de la magie sonore, de sa dilection pour les rafinnements de nuances et les subtilités de l’expression.

Nous pouvons songer à passer ici en revue l’ensemble de la production de René Bernier, au sujet de laquelle il conviendra de consulter le catalogue que le Centre belge de Documentation musicale (CeBeDeM) a tenu à jour. S’il peut paraître vain d’explorer dans le détail le paysage diversifié et plein d’imprévus que nous présente l’ensemble de son oeuvre, il n’est pas sans intérêt, par contre de s’attarder à l’un ou l’autre trait qui complète de manière quelquefois insolite la connaissance que nous avons de sa personnalité. Ainsi, Le Bal des Ombres, ballet parodique, datant de 1954. Il constitue la contribution de René Bernier aux Bals de Paris que le Theâtre royal de la Monnaie avait commandé à quelques compositeurs belges les plus en vue. C’est une musique qui par son caractère, sa fantaisie, son humour, son esprit parodique, tranche radicalement sur la plupart des autres oeuvres de René Bernier. Le délicat poète des sons, l’évocateur de l’indicible, le peintre des demi-teintes et du clair-obscur se métamorphose ici en conteur plaisant qui manie le pastiche pour donner vie aux choses d’autrefois.

Bien d’autres ouvrages sortis de la plume de René Bernier méritaient d’être cités et parmi eux, le ballet Tanagras écrit pour le Ballet de Wallonie, l’Epitaphe symphonique ou encore Ménestrandie, concerto libre en un mouvement pour violon et orchestre créé à Paris. Son oeuvre la plus jouée demeure sans conteste le Symphoniette pour orchestre d’archets qui date de 1957 et qui, onze ans plus tard, en 1968, connaissait déjà sa centième exécution publique. Elle figure régulièrement au répertoire de nombreux ensembles à cordes et a été jouée dans toute l’Europe et jusqu’aux Etats-Unis. Bâtie selon le schéma traditionnel de la sonate à deux thèmes, elle se pare d’un style néo-classique dans lequel l’équilibre formel exempt de développements excessifs s’harmonise à la clarté des idées.

La conception apollinienne de l’art est évidente chez René Bernier. Epris de culture latine, émule de Paul Valéry, l’auteur du Tombeau devant l’Escaut se veut un humaniste du XXe siècle. Le culte de l’humain, il l’a défendu tout au long de sa carrière, s’opposant avec opiniâtreté à ce qu’il considérait comme une atteinte à la dignité de l’artiste, poursuivant avec passion la réalisation d’un idéal de beauté que certains ont pu considérer comme une recherche d’autosatisfaction mais qui, en réalité, était largement ouverte sur le monde. Cet homme si préoccupé (à juste titre) d’édifier son oeuvre et d’en assurer la diffusion, si réservé dans ses propos et si méfiant à l’égard des débordements de tous genres, était accueillant et compréhensif, spécialement à l’égard des jeunes qu’il a sans cesse soutenus et aidés pour peu qu’il leur reconnût du talent. D’une intégrité parfaite dans l’exercice de ses activités professionnelles, il a suscité auprès de ses étudiants, comme auprès de ses subordonnés, considération et gratitude. C’est à tort que d’aucuns l’ont cru enfermé dans sa tour d’ivoire, déconnecté du réel, perdu dans ses rêves de créateur. L’artiste qu’il était, tout en fuyant la clameur du vulgaire, se doublait d’un être bon et généreux qui partageait les joies d’autrui, compatissait à leurs souffrances, témoignait à ses proches d’une affection fervente et vraie. Il vouait à ses parents, spécialement à sa mère, un véritable culte. L’image discrète et pure qu’il donna de son couple, spécialement à l’heure de l’épreuve, fut pour tous ceux qui l’approchèrent de près un sujet de respect et de réconfort.

Jacques Leduc, © Académie royale de Belgique
Nouvelle biographie nationale, vol. 2, Bruxelles, 1990, p. 29-34

oeuvres

  • Agnus dei
    voix moyenne et orgue 00:00:00
  • Agnus dei
    choeur mixte a cappella 00:00:00
  • Au gré de l'heure et du vent, 1944
    Soprano et orchestre d'archets 00:02:30
  • Aube fleurie, 1949
    2 voix a cappella avec ou sans accompagnement de piano 00:03:00
  • Aube fleurie, 1949
    2 voix avec accompagnement de piano 00:03:00
  • Aube fleurie, 1949
    2 voix a cappella 00:03:00
  • Bassonnerie, 1956
    basson et piano 00:04:00
  • Berceuse divine, 1927
    piano 00:03:00
  • Berceuse divine, 1927
    piano 00:03:00
  • Chanson archaïque, 1944
    Choeur de Femmes à 3 voix et piano ou harpe (S. Mz. A.) 00:03:30
  • Chanson archaïque, 1944
    voix moyenne et piano ou harpe 00:03:30
  • Chanson archaïque, 1944
    voix moyenne et piano 00:03:30
  • Chanson archaïque, 1944
    voix moyenne et harpe 00:03:30
  • Chanson archaïque, 1944
    choeur de Femmes et piano 00:03:30
  • Chanson archaïque, 1944
    choeur de Femmes et divers 00:03:30
  • Chanson marine, 1964
    voix grave et orchestre 00:03:30
  • Chanson marine, 1964
    voix grave et piano 00:03:30
  • Chants incantatoires, 1968
    choeur mixte a cappella 00:18:00
  • Complainte du "Petit Chose" (Feuille d'album)
    piano 00:00:00
  • Danses parodiques, 1954
    harmonie 00:13:00
  • Danses parodiques, 1978
    2 pianos 00:10:00
  • Dévotions, 1944
    Soprano et piano 00:08:00
  • Du coq à l'âne - n°1, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°1, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°1, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°2, 1951
    choeur mixte a cappella 00:02:00
  • Du coq à l'âne - n°2, 1951
    choeur mixte a cappella 00:02:00
  • Du coq à l'âne - n°2, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°3, 1951
    choeur mixte a cappella 00:02:30
  • Du coq à l'âne - n°3, 1951
    choeur mixte a cappella 00:02:30
  • Du coq à l'âne - n°3, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°4, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°4, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°4, 1951
    choeur a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°5, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:00
  • Du coq à l'âne - n°5, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:00
  • Du coq à l'âne - n°5, 1951
    choeur a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°6, 1951
    choeur mixte a cappella 00:02:00
  • Du coq à l'âne - n°6, 1951
    choeur mixte a cappella 00:02:00
  • Du coq à l'âne - n°6, 1951
    choeur a cappella 00:01:30
  • Du coq à l'âne - n°7, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:00
  • Du coq à l'âne - n°7, 1951
    choeur mixte a cappella 00:01:00
  • Du coq à l'âne - n°7, 1951
    choeur a cappella 00:01:30
  • Eclaircies, 1948
    voix haute et orchestre 00:16:00
  • Eclaircies, 1948
    Soprano et piano 00:16:00
  • Eclosions, 1942
    Soprano et piano 00:08:00
  • Ecoute, d'autres femmes...
    Soprano, clarinette et piano 00:04:00
  • Entrevisions, 1925
    Soprano et piano 00:08:00
  • Epitaphe II, 1961
    orchestre d'harmonie 00:07:00
  • Epitaphe sonore, 1976
    2 pianos 00:06:30
  • Epitaphe symphonique, 1945
    orchestre 00:07:00
  • Eternité, 1936
    voix moyenne et piano 00:03:30
  • Evasions, 1941
    voix moyenne et piano 00:05:00
  • Fanfare du triton, 1981
    cuivres et percussion 00:06:30
  • Fantaisie de tous les temps, 1956
    voix moyenne et piano 00:04:00
  • Hommage à Sax, 1958
    saxophone alto et piano 00:10:30
  • Humoresque dans le style galant, 1930
    piano 00:02:30
  • Hymne de paix, 1947
    choeur mixte a cappella 00:03:00
  • Hymne de paix, 1947
    choeur mixte et piano 00:03:00
  • Hymne de paix, 1947
    grand orgue 00:03:00
  • Hymne de paix, 1947
    choeur mixte et piano 00:03:00
  • Incantations, 1954
    choeur a cappella 00:16:00
  • Le bal des ombres ou danses parodiques, 1956
    orchestre 00:17:00
  • Le blé est blond, 1931
    Soprano et piano 00:02:00
  • Le cerisier, 1952
    Mezzo-Soprano et piano 00:03:30
  • Le clavier chantant, 1981
    piano 00:20:30
  • Le jardin secret (Moment lyrique)
    piano 00:00:00
  • Le mage, 1940
    voix moyenne et piano 00:04:00
  • Le poète et l'oiseau
    Soprano ou Ténor, clarinette et piano 00:00:00
  • Le tombeau devant l'Escaut, 1952
    orchestre 00:12:00
  • Lettre d'un ami, 1959
    voix moyenne et piano 00:06:00
  • Liturgies, 1940
    choeur mixte a cappella 00:12:00
  • Liturgies, 1940
    choeur mixte avec orchestre d'archets 00:12:00
  • Mélopées et rythmes, 1932
    orchestre 00:11:00
  • Menestrandie, 1970
    violon et piano ou orchestre 00:13:00
  • Menestrandie, 1970
    violon et orchestre 00:13:00
  • Menestrandie, 1970
    violon et piano 00:13:00
  • Menestrandie, 1970
    violon et orchestre 00:13:00
  • Monodie, 1941
    flûte 00:03:30
  • Nocturne, 1922
    piano 00:00:00
  • Ode à une Madone, 1948
    orchestre 00:08:00
  • Offrande à Erard, 1962
    harpe 00:08:00
  • Orgue de barbarie (Rengaine)
    piano 00:00:00
  • Ouvrez le coeur blanc des sources, 1940
    Soprano et orchestre 00:02:30
  • Parabole, 1980
    alto et piano 00:05:00
  • Parabole chantée, 1979
    Contralto, Basse et piano 00:05:00
  • Poèmes exotiques, 1924
    Soprano et piano 00:10:00
  • Présages, 1942
    Soprano et piano 00:06:30
  • Prestiges du songe, 1940
    Soprano et piano 00:07:00
  • Prières chantées, 1946
    1 voix ou choeur à l'unisson et piano ou orgue 00:07:00
  • Prières chantées, 1946
    voix ou choeur à l'unisson et orchestre à cordes 00:07:00
  • Psalmodie, 1957
    voix grave et orchestre 00:04:00
  • Regards sur la veille, 1980
    piano 00:00:00
  • Reverdies, 1960
    clarinette et piano 00:06:28
  • Sabots de la Vierge, 1939
    choeur mixte a cappella 00:04:00
  • Serinette en guise de bis, 1971
    quatuor de saxophones 00:01:30
  • Soliloques, 1980
    piano 00:00:00
  • Sonate à deux, 1939
    flûte et harpe 00:10:30
  • Sonatine, 1943
    violon et alto 00:11:00
  • Sortilèges ingénus I, 1939
    choeur de Femmes ou d'Enfants et piano 00:10:34
  • Sortilèges ingénus II, 1939
    choeur de Femmes ou d'Enfants et piano 00:10:42
  • Stances d'antan, 1941
    voix moyenne et piano 00:05:00
  • Suite pour le plaisir de l'oreille, 1973
    quatuor de saxophones 00:13:00
  • Symphoniette, 1957
    orchestre à cordes 00:11:30
  • Tanagras, 1969
    orchestre 00:35:00
  • Tanagras, 1970
    orchestre 00:27:00
  • Thrène pour une ombre aimée, 1974
    orchestre d'archets 00:06:00
  • Trio, 1942
    flûte, violoncelle et harpe 00:17:00
  • Trois interludes, 1944
    harpe diatonique 00:08:00
  • Trois interludes, 1944
    piano 00:08:00
  • Trois quatrains pour ma mie, 1927
    voix moyenne et piano 00:03:00
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